Premier volet d’une série d’articles sur ce qu’il est convenu d’appeler le « colonialisme vert », un mode de gestion de la nature qui consacre la domination de la pensée occidentale sur des populations jugées incapables de préserver leur milieu naturel. Cette chronique fait le constat que des schémas coloniaux se perpétuent au-delà des indépendances dans une discipline, l’écologie, qui devrait pourtant être le lieu d’un véritable dialogue interculturel. Elle tente aussi de démontrer que les peuples indigènes, aborigènes, habitants des forêts et des espaces les plus riches en biodiversité, populations les moins touchées par les processus de modernisation parce que longtemps éloignées des fronts de colonisation, pourraient nous aider à trouver des solutions à la sixième extinction des espèces et à l’effondrement lent qui risque d’emporter la nôtre.

Il faut bien admettre qu’il existe deux grands types d’écologie. L’une, que l’on pourrait qualifier de « néocoloniale », repose sur les rêves d’une nature intacte et les comptes en banque des citadins des pays riches. Mise en œuvre par de grandes ONG du nord, elle finance à coups de millions de dollars la création dans les pays du sud de sanctuaires naturels d’où toute activité humaine est exclue. Elle se transforme en cauchemar pour des milliers de communautés ethniques qui occupent depuis des millénaires ces espaces réputés pour leur richesse biologique. L’autre forme d’écologie prend en compte et s’appuie sur les pratiques ancestrales, les connaissances de ces peuples autochtones qui ont su maintenir un équilibre entre l’homme et la nature. Cette approche plus humaniste de la discipline ne repose pas seulement sur la biologie et d’autres sciences exactes comme la première. Elle intègre aussi des connaissances anthropologiques trop souvent négligées, et conduit à reconnaître les populations locales comme véritables acteurs de la préservation de leur environnement.  Entre ces deux modèles, une bataille d’idées s’est engagée, dont dépend directement le sort de millions de personnes, ruraux pauvres et populations indigènes pour la plupart, ainsi que la manière dont nous protégeront notre planète.

Précision méthodologique, les informations qui suivent sont en grande partie tirées d’études ou d’entretiens avec des chercheurs, journalistes, activistes, observateurs directs des situations décrites. Dans certains cas, elles s’appuient aussi sur mon expérience de terrain, indispensable pour ne pas s’enfermer dans une production intellectuelle hors sol, mais compte tenu de l’étendue de cette enquête, il m’était impossible de me déplacer sur tous les lieux, surtout en cette période de pandémie. D’ailleurs, ce n’était pas souhaitable. Les moyens de communication actuels dispensent bien souvent de se rendre sur place, ce qui a l’avantage de limiter son bilan carbone et de ne pas trop dépendre de moyens de financement privés ou étatiques, qui pourraient intervenir dans le fond et la forme. 

Famille Kwa du Kalahari © François Badaire

Les réfugiés verts, une nouvelle classe de déracinés

En Inde, les risques d’extinction de certaines espèces comme le tigre, le lion asiatique ou le rhinocéros, ont eu pour conséquence l’expulsion de centaines de milliers de personnes de leur milieu d’origine. Trois  exemples de parcs naturels où de telles politiques ont été menées sont ici présentés : la réserve à tigres de Simlipal dans l’Etat d’Odisha, la réserve de Kuno dans le Madhya Pradesh, et le parc national de Nagarhole dans le Karnataka. A chaque fois, les populations déplacées voient leurs conditions de vie dégradées, leurs droits piétinés, tandis que leur insertion dans l’économie monétaire s’opère dans des conditions défavorables, qui alimentent le système de domination / exploitation à l’origine de la détérioration du milieu naturel. A son tour, la catastrophe écologique provoquée par la modernisation industrielle justifie des mesures radicales comme l’éviction des peuples autochtones.  La boucle est ainsi bouclée.

Expulsés du paradis terrestre

Pendant une dizaine d’années, la vie des populations Santhal, dans le camp de Munda, près de la réserve à tigres de Simlipal, a ressemblé à celle de n’importe quels déplacés, victimes d’une catastrophe naturelle. Abris de fortune alignés les uns à côté des autres, recouverts de bâches en plastique. Un paysage désolé, dépourvu de forêts, de rivières, où la chaleur est torride l’été, et les pluies dévastatrices pendant la mousson. Pas d’électricité, une seule pompe à eau et un seul cabinet de toilettes pour 47 familles. Telle est la description faite par la chercheuse Eleonora Fanari lorsqu’elle se rend sur place en 2017 (1).

A leur arrivée, les populations déplacées ont reçu des sacs de riz en guise d’aide humanitaire. Cela n’a pas empêché les habitants de Munda de souffrir de malnutrition. Dans les campements provisoires, l’alimentation ne répond pas aux besoins de l’organisme et met en danger la santé des plus fragiles. Des vieillards, des enfants sont régulièrement évacués à l’hôpital le plus proche pour déshydratation, raconte une mère de famille (2).

Pour survivre et faire vivre leurs proches, les hommes sont contraints d’aller vendre leur force de travail comme ouvriers journaliers et les femmes se désespèrent. La chercheuse raconte avoir vu des villages déserts (3), des lieux abandonnés par leurs forces vives, comme toutes ces terres de migrants saisonniers.

Aujourd’hui, il est probable que la situation des déplacés de Simlipal se soit améliorée, que des maisons en dur aient été construites et que l’électricité soit parvenue à certains sites, précise l’organisation Survival International, qui défend les populations expulsées des réserves et maintient un contact permanent avec elles, mais elles ont toujours du mal à s’adapter à leur nouvelle vie.

Les Santhal font partie de ces tribus classées sous le terme d’Adivasis en Inde, qui veut dire « habitants d’origine », et répondent aux caractéristiques habituelles des peuples autochtones. Présents dans l’Etat d’Odisha et au nord-est du Bangladesh, ils ont un mode d’organisation égalitaire, partagent leurs ressources et n’accumulent pas de capital au détriment des autres. Ils ont un sentiment d’appartenance à la terre qui les a vus naître, à la nature et aux esprits qui la peuplent, et développent une relation intime avec leur environnement, basée sur la chasse, les récoltes et la collecte de fruits (4). Parmi les populations déplacées de Simlipal, on trouve également des tribus Munda, Kolho et Kharia, pour la plupart adeptes du Sarnaïsme, une forme d’animisme. Elles vénèrent une divinité analogue à mère-nature, dont on retrouve de multiples représentations parmi les peuples premiers de la planète.

  Entassés dans des baraquements jusqu’à ce qu’ils aient construit leur propre maison, les habitants de Munda ont le sentiment d’avoir été expulsés d’un paradis terrestre. Ils se souviennent, la mort dans l’âme, de ces temps, pas si anciens, où les enfants pouvaient jouer dans les rivières, et les femmes faisaient la sieste à l’ombre des grands arbres à coton, l’arbre semal, ou kapokier rouge, qui a donné son nom à la réserve de Simlipal (5). C’était il y a plus de dix ans. A l’époque, ils vivaient dans le village de Kabathgai, au cœur de la forêt. La réserve avait été créée en 1973 pour protéger le tigre du Bengale, en voie d’extinction, mais elles avaient obtenu le droit de rester sur place et des titres de propriété. Elles avaient toujours vécu avec des tigres dans les parages. Il pouvait y avoir des conflits avec des bêtes sauvages, mais cela se produisait surtout avec les éléphants sauvages, lorsqu’ils s’approchaient trop près de leurs récoltes, précise Eleonora Fanari (6).

Pour les habitants de Kabathgai, les ennuis ont commencé lorsque le village a été englobé dans un nouveau type d’aire protégée. Ces zones appelées « Habitat vital du tigre » (Critical tiger habitat, CTH) sont définies sur la base d’études scientifiques prétendant que la cohabitation entre l’homme et l’animal est impossible. Les félins sont supposés se déplacer dans un espace totalement vierge pour pouvoir survivre, et les humains doivent déguerpir. Les Santhal du camp de Munda racontent que les agents du département des forêts ont commencé à les harceler pour les pousser à partir. Ils détruisaient leurs récoltes et les soumettaient à une torture psychologique. Des intermédiaires venaient pour leur proposer une indemnisation en leur faisant croire que c’était l’occasion ou jamais. Officiellement, leur déplacement était volontaire, mais ils n’avaient pas d’autre choix que de plier bagage. Ils ont accepté une indemnité de 10 lakhs (environ 11 000E) par foyer, plus une vague promesse de terres, et peu de temps après, ils ont assisté à la destruction de leurs maisons et au saccage de leurs champs par des éléphants. Des camions les ont embarqués vers un terrain vague dans une zone péri-urbaine et ils n’ont jamais revu leur village (7). Une barrière gardée par des agents forestiers en treillis militaire bloque désormais l’accès à la réserve à tigre.

Checkpoint à l’entrée du Critical Tiger Habitat © Eleonora Fanari

11 000E, cela peut sembler beaucoup pour une famille indienne. Mais bon nombre d’entre elles n’ont jamais rien reçu, et les terres agricoles, elles les attendent toujours, rappelle Eleonora Fanari. Quant à ceux qui ont reçu les 10 lakhs, ils ont dû non seulement financer la construction de leur maison,  mais aussi toutes les infrastructures du village, tous les services qui vont avec une vie moderne, d’où un certain retard dans leur installation. Pour Survival international, le simple fait qu’ils aient été déplacés avant même que leurs maisons aient été construites et le site prêt à les accueillir, est déjà une violation de leurs droits.

D’autre part, les familles sont en moyenne composées de cinq enfants et de cinq petits-enfants, ce qui fait une trentaine de bouches à nourrir. Les 10 lakhs d’indemnisation ont été versés sur un compte en banque avec un retrait limité à 500 roupies par mois, comme pour des personnes sous curatelle. Il est vrai qu’elles n’ont pas la même conception de l’argent que des personnes déjà insérées dans l’économie monétaire. Ayant toujours vécu sans, elles se sont mises à acheter n’importe quoi, notamment de l’alcool, et à dépenser sans compter (8). Loin de les aider, cet argent qui leur est proposé pour faire place nette au tigre, souvent avec le soutien de grandes ONG internationales, participe en fait à leur destruction.

Des trois villages situés à l’intérieur du CTH avant l’opération de déshumanisation, il n’en resterait plus qu’un. Quarante-deux communautés vivent encore dans une zone intermédiaire à la périphérie du parc. Elles ont obtenu le droit de rester, mais malgré cela, certaines d’entre elles ont été déplacées. Les sites de réinstallation des réfugiés sont parfois situés très loin de leur lieu d’origine, à plus de cent kilomètres, ce qui rend difficile le maintien de relations avec le reste de la famille restée sur place (9).

Fin mars 2021, d’énormes incendies ont ravagé une partie de la réserve et de la forêt de Simlipal. Aussitôt, des responsables de la protection de l’environnement ont mis en cause les populations adivasis. Ainsi, le Président du Wildlife Conservation Trust, Anish Andheria a déclaré dans une interview sur les réseaux sociaux que les feux de forêts étaient provoqués par les populations qui brûlaient les feuilles mortes pendant la cueillette des fleurs de mohua, dont elles tirent quelques revenus (10). Les organisations qui défendent les groupes tribaux de la région répondent que d’une part, la récolte des fleurs de mohua n’avait pas encore démarré au moment des incendies, et d’autre part, ces populations vivent essentiellement des produits de la forêt. Elles n’ont donc aucune raison de la détruire. En fait, de telles accusations permettent de justifier les expulsions passées et pourraient surtout préparer l’opinion à des déplacements futurs.

En vert foncé, le Critical Tiger Habitat

Déplacés pour rien

Il suffit d’un peu d’empathie pour se rendre compte de l’injustice dont sont victimes ces populations. Imaginons que les bergers du Béarn et leurs bêtes aient été contraints de quitter leurs pâturages pour ne pas perturber la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées. Impensable, en réalité. C’est pourtant ce qu’ont vécu les habitants de la réserve naturelle de Kuno, dans l’Etat de Madhya Pradesh, au nord de l’Inde.

Au milieu des années 90, les villageois de cette région de forêts et de savanes arborées, rappelant certains paysages africains, apprennent qu’un projet de réintroduction du lion asiatique est en cours. Légèrement différent de son cousin d’Afrique, il avait pratiquement disparu du sous-continent indien. En 1974, on n’en comptait plus que 200 individus, essentiellement dans la forêt de Gir, dans l’Etat du Gujarat. Le sanctuaire de Kuno est choisi comme site de réinstallation, mais auparavant, il faut vider les lieux de toute présence humaine. S’appuyant sur le principe discutable selon lequel la cohabitation entre l’homme et ce type de fauve est impossible, les responsables du projet décident que les populations qui vivent à l’intérieur doivent être réinstallées ailleurs.

Ce sont des tribus Sarahiyas, semi-nomades, qui avaient trouvé dans ces vallées fertiles un environnement  propice à leur sédentarisation. Menant une vie simple, sans les artifices du monde moderne, elles tiraient leurs ressources essentiellement de la forêt, aussi bien pour leur alimentation que leurs revenus. Réputées pour leurs connaissances des plantes médicinales, elles vendaient des produits utilisés dans la médecine ayurvédique, ainsi que des épices rafraichissantes et du miel. De religion hindoue, elles ont conservé un patrimoine culturel très riche, comme ces danses, au cours desquelles des acteurs, couverts de peintures corporelles et déguisés en héros mythiques, retracent les hauts faits de leur histoire, et font passer des messages à l’intention des jeunes générations sur le mariage, les droits de la femme, l’éducation des enfants ou la prévention des maladies.

Danses folkloriques sarahias

1650 familles au total, soit entre 5000 et 8000 personnes, sont concernées par le projet de réinstallation. Une zone d’accueil est prévue à l’extérieur du sanctuaire. Conformément aux standards définis par le gouvernement à l’époque, la somme de 1 lakh est offerte à chaque famille, soit l’équivalent de 1100E, montant de la reconstruction de leur maison compris. A cette somme dérisoire, le prix d’un déracinement pour tout un foyer, s’ajoutent 2 hectares de terres sur un emplacement aride, non irrigué, où il suffit d’une sécheresse pour détruire toutes les récoltes. L’opération de réimplantation se déroule de 1998 à 2003. Officiellement, il est question d’un déplacement « volontaire ». Mais les villageois sarahiya ont-ils le choix ? Ils savent que s’ils restent, les gardes forestiers leur mèneront une vie impossible. Beaucoup pleurent au moment de quitter leur maison avec tous ses souvenirs, leurs champs et leurs forêts, gages de nourriture assurée. Vingt-quatre villages rayés de la carte pour quelques félins qui tardent à arriver. Les Sahariyas n’ont pas fait d’études, mais ils se rendent bien compte que quelque chose ne colle pas dans cette histoire.

Une dizaine d’années plus tard, une chercheuse en écologie humaine de l’université Ambedkar de Delhi se rend dans le village de Bagcha, à la lisière du sanctuaire de Kuno, pour étudier la situation des déplacés (11). Elle constate que leurs conditions de vie se sont fortement dégradées par rapport aux Sahariyas qui n’ont pas subi d’expulsion. Installés dans une zone péri-urbaine, sur un terrain sec et caillouteux, ils ne peuvent pratiquer une agriculture viable. Comme des milliers d’autres Adivasis, qui ont vu leurs forêts dévastées par des groupes agro-forestiers, ils sont contraints d’aller vendre leur force de travail ailleurs, dans les villes, où ils viennent gonfler le flot de migrants saisonniers. Car désormais, ils ont besoin de cash pour survivre. Dans leur ancien village, ils n’avaient pas de soucis à se faire pour l’avenir. Ils savaient que la forêt, qu’ils respectent et protègent, ne les laisserait jamais mourir de faim. Maintenant, ils rentrent dans l’économie monétaire, avec tous les handicaps qu’implique leur appartenance à une basse caste. Ils font partie de cette grande classe de populations flottantes, déracinée et non stabilisée, qui vient s’agglutiner à la périphérie des grandes villes, et que l’on retrouve souvent dans les mégapoles des pays riches. Migrations d’autant plus facilitées que là où ils se trouvent, ils ont accès à des moyens de transport et de communication qu’ils n’avaient pas auparavant.

La chercheuse constate également que leur état de santé s’est nettement détérioré. Alors que dans la forêt, ils bénéficiaient d’une alimentation variée, composée de fruits, de racines, de légumes et de gibier, à Bagcha, leur nourriture en partie achetée, déséquilibrée et de mauvaise qualité, affaiblit leur organisme et les rend vulnérables aux maladies. Il s’agit là d’un processus classique pour les populations passées de l’état de chasseurs-cueilleurs à celui de sédentaires intégrés à la civilisation urbaine, observé par de nombreux chercheurs. Jared Diamond, dans Le monde jusqu’à hier, note l’absence de maladies non transmissibles (MNT) associées au mode de vie occidental (diabète, hypertension, attaques cérébrales, cancers, maladies cardiaques, etc) parmi les populations des Hautes Terres de Papouasie Nouvelle-Guinée, et leur explosion dès qu’elles intègrent le monde moderne (12). Et si l’on veut pousser plus loin l’analogie, on peut remonter au néolithique, où il est établi que les paysans sédentaires pratiquant la monoculture au sein de la domus, la sphère de domestication végétale, animale et humaine, étaient beaucoup moins bien portants que les « barbares » chasseurs-cueilleurs, nomades ou semi-nomades, restés à l’extérieur (13).

  Les habitants de Bagcha ont si l’on peut dire la « chance » d’avoir été l’objet d’une étude menée par l’Académie nationale des sciences des USA en 2014-15, et elle vient corroborer les observations de la chercheuse indienne. Basée sur l’analyse des télomères sur les chromosomes, plus courts chez les personnes âgées ou victimes de stress, cette enquête montre que l’espérance de vie est plus faible chez les Sahariyas qui ont subi un déplacement, que chez celles qui sont restées dans la zone tampon à l’extérieur du sanctuaire (14). 

Avec la crise sanitaire de 2020, la malnutrition a fait des ravages dans les campagnes, et il est clair que si ces populations n’avaient pas été expulsées, si elles avaient pu continuer à pratiquer la collecte en forêt, comme elles le faisaient auparavant, elles n’auraient pas connu une telle situation de détresse alimentaire (15).

Mais il a fallu laisser la place au roi des animaux, qui selon les théories scientifiques en vogue à l’époque, ne tolère pas la présence humaine. Peut-être que les habitants de Bagcha auraient mieux accepté leur sort si le lion asiatique avait effectivement été réintroduit dans le secteur de leurs anciens villages. Après tout, elles n’avaient jamais cohabité avec un tel animal. Même injuste, même contestable, leur expulsion aurait eu un motif concret. Le problème, c’est que 39 ans après la décision de transférer plusieurs spécimens du Gujarat, le grand fauve se fait toujours attendre dans la réserve de Kuno. L’herbe a poussé dans les 24 villages abandonnés, mais aucun lion ne rugit dans la savane.

Pendant deux décennies, le gouvernement du Gujarat, jaloux de ce félin qui fait la fierté de son parc national et attire de nombreux touristes, générant au passage d’importants revenus, a tout fait pour préserver son monopole, et cherché des subterfuges pour retarder cette réinstallation. L’un d’eux se présente en 2009. Le gouvernement indien choisit en effet le sanctuaire de Kuno comme site de réintroduction du guépard, déclaré disparu en Inde depuis 1952 (16). L’endroit est jugé idéal puisqu’il a été totalement vidé de ses habitants. Le projet, soutenu par plusieurs experts internationaux du Cheetah Conservation Fund, Laurie Marker, Stephen J. O’Brien, et par l’ancien directeur du Wildlife Trust of India, Dr MK Ranjitsinh, contrevient aux principes de réimplantation des espèces sauvages de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), car c’est un guépard africain qu’il est question de faire venir, et l’introduction d’espèces exogènes est universellement désapprouvée par les experts de la faune sauvage. Mais qu’à cela ne tienne, certains scientifiques se croient permis de jouer aux dieux avec les animaux et les hommes, et de déplacer les uns et les autres au gré de leurs expériences. Du coup, les naturalistes du Gujarat font valoir qu’il faudra laisser le temps au guépard africain de s’adapter à son nouvel environnement asiatique avant d’y introduire un autre prédateur comme le lion. Et les opposants à l’introduction d’un guépard exotique font traîner le projet par des recours devant la justice. Au bout du compte, ni le lion asiatique, ni le guépard africain ne rodait en 2020 dans les plaines de Kuno. Et les Sahariya ont la désagréable impression d’avoir été déplacés pour rien (17)(18). 

La porte d’entrée du parc de Kuno

Les véritables responsables de la disparition des espèces

                Le sort vécu par les Santhal, Munda, ou Sahariya n’est pas une exception en Inde. Il a frappé des centaines de milliers d’Adivasis depuis les années soixante-dix, depuis que la Fédération a mis en place tout un arsenal juridique pour protéger sa faune sauvage. Les chiffres diffèrent selon les sources. Certains parlent de plus d’un million de personnes déplacées. Pour Mark Dowie, auteur du livre Conservation refugees (2009), environ 500 villages, regroupant 300 000 familles, ont connu une situation de déplacement pour protéger le tigre, le léopard, le rhinocéros ou le lion asiatique, depuis la période coloniale (19). Le sociologue Ashish Kothari, dans son étude de 2009 avance quant à lui le chiffre de 100 000 personnes déplacées des aires protégées depuis les années soixante-dix, tout en précisant qu’un nombre considérable d’individus sont passés sous les radars (20). D’autres chercheurs estiment à 600 000 le nombre de réfugiés des politiques de conservation, sans certitudes absolues. Les chiffres restent imprécis, même si, selon Mark Dowie, vingt-huit grands programmes de réinstallation ont été documentés depuis les premières lois sur la faune sauvage en Inde, et sept autres sont supposés avoir eu lieu (21). Le nombre de personnes expulsées des aires protégées ne représente qu’une petite partie des populations indiennes déplacées par des projets de développement comme les barrages, les exploitations minières ou l’urbanisation, estimées à 60 millions (22), mais elles sont toutes deux ballotées par les mêmes politiques, décrétées d’en haut par des experts cravatés, scientifiques, industriels et économistes main dans la main, qui prétendent savoir mieux que tout autre ce qui est bon pour l’homme et la nature.

Campement provisoire de déplacés de la réserve de Simlipal (2016) © Eleonora Fanari

Bien entendu, l’humanité ne peut rester sans rien faire. La biodiversité est menacée partout dans le monde et de nombreuses espèces sont en voie d’extinction. Au début du XXème siècle, le nombre de tigres était estimé à 100 000 sur l’ensemble de la planète, et à 40 000 en Inde. Ils sont moins de 4000 au total aujourd’hui (23), et entre 2000 et 3000 dans le sous-continent indien. Il est plus que nécessaire de prendre des mesures contre les causes de ces disparitions, mais comme c’est souvent le cas, ce sont les plus faibles qui portent le fardeau écologique, alors que les plus puissants peuvent continuer à détruire la planète.

On peut rappeler ici que le concept d’anthropocène, aussi pertinent soit-il pour désigner l’impact de l’espèce humaine sur son environnement, comparable désormais à une force géologique, met sur le même plan l’ensemble des contributions humaines au réchauffement climatique et autres dévastations écologiques, alors qu’elles devraient être différenciées selon les types de civilisations, et les modes d’organisations sociopolitiques. Il est évident que l’empreinte carbone n’est pas la même selon que l’on appartienne à l’une des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs du globe ou à une nation occidentale, que l’on soit habitant d’une ZAD ou patron d’une multinationale du pétrole. C’est pourquoi certains parlent de capitalocène, pour mettre en lumière le rôle de la révolution industrielle dans les bouleversements induits par l’utilisation des énergies fossiles, d’autres d’anglocène, pour souligner la part que représente le capitalisme anglo-saxon dans les rejets de CO2 dans l’atmosphère, ou encore de colonialocène pour établir un lien direct entre l’écrasement des civilisations et la destruction des écosystèmes (25).

  Sans entrer dans ces querelles de terminologie, il est clair que dans de nombreuses régions du globe, le début de l’écocide correspond aux périodes de colonisation. En Inde, le principal déclin de la population de tigres du Bengale a eu lieu pendant la période coloniale, lorsque la chasse au fauve était un sport pratiqué à la fois par les Anglais et l’élite indienne. Peter Jackson et Adrienne Farrell, dans leur livre sur les félins (25), citent le cas d’un officier britannique qui se vantait d’avoir tué jusqu’à trois cents lions asiatiques dans la région de Delhi. Pas étonnant qu’à la fin du XIXème siècle, il n’en reste déjà plus que cent dans leur dernier habitat connu, la forêt de Gir. Pareil pour le rhinocéros unicorne, dont la population est descendue à une centaine au début du XXème siècle. De véritables hécatombes coloniales ont eu lieu et l’Inde indépendante continue d’en payer le prix.

Lord Curzon, vice-roi des Indes et sa femme devant leur trophée

Aujourd’hui, les principales menaces sur les espèces protégées viennent du braconnage, destiné à approvisionner le marché chinois de la médecine traditionnelle, de la déforestation, de la corruption des institutions chargées de la protection de la nature, des grands projets miniers ou de développement comme les barrages, qui créent d’immenses balafres dans l’environnement, mais certainement pas des peuples de la forêt, habitués comme le tigre, à vivre « dans l’ombre striée des feuillages » (26). Au contraire, représentants humains les plus proches de ces espèces en voie d’extinction, ils sont victimes à la fois des politiques industrielles désastreuses, qui depuis l’ère coloniale, ont affecté leur environnement, et des mesures prises tardivement pour limiter leur impact. Parce qu’ils partagent leur habitat avec le tigre ou le rhinocéros, ils sont accusés par les experts internationaux de la conservation de participer au déclin de ces espèces, et dans la balance entre l’homme et l’animal, ce sont eux qui pèsent le moins lourd.

Le mode de vie des Adivasis devient un délit

Les Adivasis, catégorie à laquelle appartient la plupart de ces populations forestières, ont joué un rôle fondamental dans la civilisation indienne. Bouddha vantait leur simplicité, leur amour de la nature, leur absence de convoitise, leur harmonie sociale. Leur style de vie a eu un impact profond sur ses enseignements. Leur connaissance des plantes est essentielle dans la médecine ayurvédique. Le All India Coordinated research Project on Ethno-botanic, qui répertorie les savoirs traditionnels sur les plantes médicinales, attribue aux Adivasis la connaissance de 9000 espèces (27).

A noter également que ces tribus ont été à la pointe de la lutte anticoloniale. Les Manjhi ont mené une des premières révoltes contre l’occupant britannique, et d’autres Adivasis comme les Santhal, les Munda du Bengale ont organisé des soulèvements qui ont marqué l’histoire du Freedom Movement. Ils n’en n’ont tiré aucun avantage car souvent considérés comme des « primitifs », ils subissent le mépris des classes dominantes. Ils sont même traités comme des parias, et les premières dispositions législatives et réglementaires en matière de protection de l’environnement en témoignent.

  Le Wildlife Protection Act, adopté en 1972 donne le coup d’envoi d’une série de mesures qui vont entraîner le grand déplacement des peuples de la forêt indienne. Cette loi vise au premier chef à enrayer l’extinction du tigre, devenu un symbole national. Une année plus tard, en 1973, le « Projet Tigre » est lancé, avec la création d’une force de protection destinée à combattre le braconnage et à minimiser les conflits entre l’homme et le tigre.  La loi de 1972 établit différents niveau de protection dans les parcs naturels et limite les droits des populations qui vivent à l’intérieur. Selon les secteurs, elle restreint les possibilités de cultiver, et là où la protection est maximum, elle crée  un délit de chasse des espèces protégées qui peut aller jusqu’à trois ans de prison. Les années soixante-dix sont marquées par de nombreuses expulsions d’Adivasis, forcées et parfois violentes.

Pourtant, le débat n’a jamais cessé au sein de la société indienne entre la nécessité de préserver les espèces menacées et le respect des droits des minorités ethniques, débats qui se sont reflétés au plus haut niveau de l’Etat dans des lois et des règlementations qui oscillent entre l’un et l’autre pôle. En 1988, la National Forest Policy reconnait le rôle des Adivasis dans la préservation de la forêt indienne. Il leur accorde des droits d’accès aux produits forestiers (bois, nourriture, fruits, miel, etc.) mais dans les limites des capacités de charge de la forêt, ce qui peut donner lieu à des politiques arbitraires de réinstallation ou de restrictions d’accès (28). Parallèlement, et pour ne pas avoir l’air de traiter les habitants de la forêt  comme des chiens, l’Union met en place des modalités d’indemnisation des populations déplacées des aires protégées. Désormais, les réinstallations doivent être volontaires, mais les compensations ridicules : 1 lakh par famille, soit l’équivalent de 1100E.

Mais en 1997, les dispositions du Wildlife Protection Act de 1972 sont renforcées par une décision de la Cour Suprême indienne faisant suite à une plainte du WWF (29). L’organisation internationale considère en effet que certains Etats ne mettent pas en place des mesures de protection suffisantes. La plus haute juridiction indienne somme alors les gouvernements locaux d’accélérer les procédures d’expulsion.

En 2006, nouveau tour de vis, avec le renforcement du Wildlife Protection Act. Les autorités indiennes se rendent compte en effet que le « Projet Tigre » n’a pas apporté les résultats escomptés. Après avoir effectué un nouveau comptage suite à des critiques sur les méthodes d’évaluation, la National Tiger Conservation Authority s’aperçoit que le nombre de tigres est tombé à 1411, soit en dessous du premier recensement effectué lors du lancement du Projet Tigre en 1972, qui donnait alors le chiffre de 1827 individus. C’est alors que le terme de Critical Tiger Habitat apparait, ces réserves à tigres conçues comme des bastions inviolables, où toute installation ou exploitation humaine doivent être bannies.

La même année, le balancier penche à nouveau du côté des droits humains. Sous la pression des communautés rurales et forestières, et après des manifestations ayant rassemblé des milliers de personnes, une législation protégeant les droits des habitants traditionnels de la forêt est adoptée. Le Forest Rights Act, signé en 2006 et applicable à partir de 2008, garantit à ces populations le droit de vivre et d’utiliser les terres dont ils ont dépendu depuis des générations, y compris dans les parcs nationaux. Il détaille leurs droits de propriété, le limitant à 4 hectares de terres réellement exploitées, ainsi que les droits d’utilisation de produits forestiers mineurs, les droits de pâturage et de passage. Il prévoit également la consultation de l’assemblée du village, le Gram Sabha, qui doit accorder son consentement éclairé avant toute réinstallation. Le montant des indemnisations pour les populations déplacées est multiplié par dix, passant de 1 lakh (1100E) par famille à 10 lakh (11 000E).

Mais une querelle d’interprétation de la loi démarre aussitôt, sous les cris d’orfraie des conservationnistes locaux et des ONG internationales, qui craignent de voir anéantis leurs rêves d’espaces débarrassés de toute présence humaine. Ils considèrent que les Critical Tiger Habitats ne doivent pas être soumis aux mêmes règles que les autres aires protégées. Ils sont entendus, car la National Tiger Conservation Authority, l’entité fédérale chargée de la gestion des réserves à tigres, en crée une vingtaine après 2006 (30), et leur délimitation s’accompagne d’une nouvelle vague d’expulsions. En 2017, une circulaire gouvernementale confirme cette interprétation. Elle stipule qu’aucune autorisation ne doit plus être accordée aux communautés forestières dans les CTH sur la base du Forest Rights Act (31). Elle est retirée l’année suivante, mais malgré cela, les populations adivasis ont toujours du mal à faire reconnaître leurs droits. L’organisation Survival International rapporte qu’en 2021, des communautés Chenchu de la réserve d’Amrabad, ont été informées par des agents forestiers que dans la zone centrale, elles ne pouvaient pas se prévaloir du Forest Rights Act pour rester et continuer à pratiquer leurs activités habituelles. Dans la réserve de Sitanadi Udanti, Etat de Chhattisgarh, les habitants de dix villages ont entamé une procédure pour faire reconnaître leurs droits communautaires. Le ministère local des affaires tribales leur a répondu que ce n’était pas possible, et que dans ces zones critiques pour la survie du tigre, la gestion des ressources naturelles devait être opérée par des « gens compétents » (32), sous-entendu, pas par eux. Bien entendu, j’ai contacté la National Tiger Conservation Authority pour qu’elle clarifie sa position. J’ai envoyé un courriel au Dr S.P. Yadav, lui demandant si son organe était prêt à accepter que des communautés forestières puissent rester dans les CTH sous certaines conditions. Il n’a jamais répondu.

Aujourd’hui, il existe 600 zones protégées en Inde, dont 50 réserves déclarées Critical Tiger Habitat où, bien qu’elles aient été aussi l’habitat de milliers d’Adivasis, leurs droits ne sont pas respectés. En 2019, une procédure devant la Cour Suprême visant, à la demande du WWF et d’autres ONG de défense de la faune sauvage, à invalider le Forest Rights Act, a failli conduire au déplacement forcé de plusieurs millions personnes. Elle a été rejetée de justesse, de même qu’un projet de loi qui aurait conduit à une militarisation accrue des réserves naturelles et accordé une quasi-immunité aux fonctionnaires du Département des Forêts dans l’usage de leurs armes à feu. Mais les menaces planent toujours sur les peuples de la forêt, dans un contexte de nationalisme hindou qui n’est pas propice à la reconnaissance des droits des minorités.

L’idéologie de la nature vierge

En Inde, la théorie de l’espace inviolable a ses idéologues patentés. Suivant les préceptes préconisés par certaine grandes ONG occidentales, selon lesquels l’espace doit être organisé autour de la protection d’une espèce particulière, plutôt que sur l’écosystème dans son ensemble, habitat humain compris, ils considèrent que le tigre a besoin d’un espace réservé pour survivre. Un territoire en fin de compte aménagé et artificiel, puisqu’il repose sur des modèles scientifiques et la coercition policière. Dans cette école, on peut citer le naturaliste Valmik Thapar, qui a critiqué le « Projet Tigre » comme trop tolérant à l’égard des populations forestières et s’est opposé au Forest Rights Act (33). Ou encore, le directeur du Centre d’études de la faune sauvage de Bangalore, et ancien directeur de WCS India, Ullas Karanth, qui considère que pour se nourrir, les tigres femelles ont besoin d’une superficie de 40 miles carrés, et les mâles, trois fois plus. Pour lui, il n’est pas possible d’avoir des gens qui cultivent, élèvent du bétail et chassent à l’intérieur (34). D’autres conservationnistes ont contestés ces théories. Des organisations ont affirmé que la cohabitation était possible et qu’il fallait faire des études à ce sujet, mais elles n’ont jamais été menées, déplore la chercheuse Eleonora Fanari (35).

Le tigre est vénéré chez les Soligas

Pourtant, de nombreuses populations adivasis ont partagé depuis des siècles leur habitat avec le tigre. Elles voyaient même en lui un auxiliaire précieux pour s’attaquer aux ruminants qui ravageaient leurs cultures. Bien sûr, il y a toujours eu des « tigres mangeurs d’homme ». Des tueurs de villageois ont défrayé la chronique depuis l’époque coloniale, comme la tigresse Champawat, soupçonnée d’avoir tué à elle seule 436 personnes. Mais leurs méfaits ont souvent été exagérés, pour rendre plus héroïques les battues organisées par les chasseurs de trophées. En réalité, les attaques d’êtres humains par des tigres sont très rares. De plus, ils n’aiment pas le bétail ; ils préfèrent les cerfs et les cochons sauvages. En revanche, des environnements dégradés par la déforestation et la chasse indiscriminée, la réduction de son habitat par une trop forte pression de l’homme et le manque de proie peuvent inciter le tigre à s’approcher des villages pour y chercher de la nourriture (36).

Les attaques répertoriées ces dernières années en Inde, comme ce « tigre mangeur d’hommes » accusé d’avoir fait 10 victimes en 2014 entre l’Uttar Pradesh et l’Uttarakhand, dans le nord de l’Inde, sont le résultat d’une urbanisation désastreuse. Dans une interview au Figaro, un chercheur membre de l’ONG Environment Support Group rappelle que « dans certains Etats, les autorités ont laissé les promoteurs construire à tout va », parfois à quelques kilomètres des réserves. La pollution des eaux affecte la chaîne alimentaire, ce qui pousse le tigre à sortir de sa zone de chasse pour se nourrir (37).

L’Inde a à la fois une densité humaine très forte et une faune sauvage importante, et les espaces protégés se trouvent souvent près de zones où la densité de population est importante. Il y a bien sûr des populations qui ne souhaitent pas cohabiter avec le tigre ou le léopard, et des conflits entre l’homme et l’animal arrivent fréquemment. Les grands félins ne restent pas dans leur réserve et circulent d’un espace à un autre. Il arrive que des villageois empoisonnent des carcasses pour éliminer un prédateur, ou abattent un animal qui s’attaque à leur troupeau. En règle générale, la cohabitation entre l’homme et l’animal est moins problématique dans les zones où la population de tigres est faible. Mais il y a aussi des endroits où la densité de tigres est très élevée et malgré cela, la tolérance des populations reste très élevée. C’est le cas dans les corridors de passage entre les réserves de Tadoba et de Brahmapuri, dans le Maharashtra, note Aliénor Scrizzi, directrice de programme à l’ONG Awely, qui participe à la réduction des conflits entre l’homme et l’animal (38). Il existe encore des communautés qui ont gardé des pratiques en accord avec la préservation de la faune sauvage. Et même lorsqu’elles les ont perdues, il y a toujours moyen de les récupérer, sans avoir besoin de les expulser.

La réinstallation d’espèces protégées est parfois envisagée lorsque la cohabitation est impossible, mais elle est jugée problématique par de nombreuses organisations conservationnistes, le félin ne s’adaptant pas toujours dans son nouvel habitat. On ne soulignera jamais assez que c’est aussi le cas des Adivasis contraints de quitter leurs villages. Même s’il s’agit de gens de peu, qui ne comptent pas pour les élites nationales et les experts internationaux, ils ont droit à autant d’égards que les animaux. Leurs cultures, leur mode de vie, leurs langues aussi sont en danger. 

Vivre sur ses terres sans pouvoir en faire usage

Grâce au Forest Rights Act, des communautés forestières ont donc pu rester à l’intérieur de certains parcs naturels, mais sous certaines conditions. La plupart du temps, elles sont contraintes d’abandonner des pratiques anciennes qui constituaient leur mode de vie. En somme, on leur demande de ne plus être ce qu’elles sont, et pour ces populations, cela revient à mourir à petit de feu.

Dans le parc de Nagarhole, rebaptisé Rajiv Gandhi, les habitants ont connu plusieurs vagues d’expulsion. Ancienne réserve de chasse des Maharadjahs de Mysore, le site est transformé en réserve naturelle après le Wildlife Protection Act de 1972, puis en parc national en 1983. Plusieurs communautés adivasis vivent alors à l’intérieur, chacune perpétuant tant bien que mal des usages de la forêt qui faisaient toute leur richesse culturelle. La plus importante, les Jenus Kurubas, sont connus pour être des collecteurs de miel. Excellents grimpeurs d’arbres, ils ont toujours fait preuve d’un profond attachement à la jungle qu’ils considèrent comme une divinité. Toute leur culture matérielle et immatérielle en dépend. Leur nourriture, leurs vêtements, leur habitat, leur médecine et leur spiritualité reposent sur sa présence bienfaitrice. Même le tigre est vénéré. Ils n’ont aucune raison de détruire ce qui fonde leur existence. Dans les profondeurs de la forêt, on pouvait également rencontrer des communautés de Kadu Kurubas, qui excellent dans le travail du bambou, des Yeravas, une tribu de pêcheurs, et des Soligas, d’autres chasseurs-cueilleurs qui pratiquent également l’agriculture et élèvent des chèvres (39). A l’origine, quelques 9000 personnes vivaient disséminées dans de petits hameaux, au milieu d’une nature avec laquelle ils avaient fait corps et qu’ils avaient contribué à préserver. Tout autour de Nagarhole, plus de 25 000 Adivasis dépendaient de la forêt pour leur subsistance (40).

Les grandes vagues d’expulsions commencent dans les années soixante-dix, après le Wildlife Protection Act. Le sanctuaire naturel de Nagarhole est agrandi ce qui conduit à la réinstallation de quelques 3400 familles à l’extérieur. Fin des années quatre-vingt-dix, début des années deux mille, un projet financé par la Banque Mondiale, l’Eco-development project encourage le déplacement des tribus restées à l’intérieur. Les pressions pour partir ne cessent d’augmenter après 2008, lorsque le cœur de la réserve est déclaré Critical Tiger Habitat (41).

Adivasis expulsés de Nagarhole © M. A. Sriram

En 2019, la chercheuse Eleonora Fanari constate que certains de ces réfugiés verts, évacués entre 2000 et 2007, n’ont toujours pas accès à l’eau ni aux autres services de base sur les sites de réinstallation (42). En 2015, certains sont encore logés dans des abris de fortune. Ils mènent une vie de misère, et comme ils sont installés à la lisière du parc, ils sont traités comme des envahisseurs potentiels, squatteurs sur une terre où ils ont toujours vécu.

Pour les populations qui s’accrochent à l’intérieur, les restrictions sont telles que la vie n’a plus aucun sens. Elles ne restent que par pur attachement à la forêt mais toutes les activités qui procuraient équilibre et plénitude à leur existence leur sont proscrites. Les Jenu Kuruba dont la spécialité était la collecte de miel en forêt en sont empêchés par les écogardes. En 2003, un jeune a été tué et deux autres blessés alors qu’ils revenaient le panier rempli de rayons d’abeilles (43). Récemment, des membres de la tribu partis à la cueillette de champignons dans la réserve ont été pris pour cible comme des criminels, rapporte l’association Survival International. Les derniers récalcitrantsde Nagarhole,  n’ont plus le droit de cueillir des tubercules, des fruits et légumes sauvages, pas même de se rendre dans les bois sacrés où ils pratiquent leurs rituels, ou sur les tombes de leurs ancêtres. « Cela provoque chez nous une sorte de maladie mentale », rapporte un leader Jenu Kuruba à l’organisation Survival International.

Presque tout le parc de Nagarhole est reconnu Critical Tiger Habitat et les parties les plus productives de la forêt leurs sont interdites. Ils continuent malgré tout à s’y rendre pour leurs besoins vitaux, déclare Eleonora Fanari, et s’affrontent souvent avec les écogardes (44). Anciens chasseur-cueilleurs, ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et doivent chercher des moyens de subsistance alternatifs, comme d’aller travailler dans les plantations de café qui bordent la réserve. Alors que le Forest Rights Act devrait les autoriser à pratiquer une agriculture de subsistance, le département des forêts détruit systématiquement ce qu’ils essaient de cultiver et confisque leur bétail. Ils sont même empêchés de construire leurs maisons. Un des leaders Jenu Kuruba a engagé un combat judiciaire contre le Département des forêts pour ce motif. Survival International y voit là des actes de harcèlement qui ne visent qu’à leur faire accepter un déplacement « volontaire ».

  Dans certaines parties du parc, à l’extérieur de la zone sanctuarisée, leurs droits de populations forestières ont été reconnus, mais là-encore, ils sont extrêmement restreints. On leur donne une sorte de laisser passer qui leur permet juste de se déplacer sur un rayon d’environ 2 kilomètres autour de leur maison (45). Pour eux, c’est l’équivalent d’un confinement, sauf qu’ils le vivent tous les jours depuis des années. Ils sont certes restés chez eux, sur leurs terres, dans leur forêt mais ils vivent comme les occupants d’un immeuble qui n’auraient plus le droit de sortir pour aller faire leurs courses ou pratiquer des loisirs. C’est mourir à petit feu.

L’argumentation des conservationnistes met systématiquement en avant la disparition de leur mode de vie traditionnel pour justifier les mesures d’éviction. Certes, avant, ils pratiquaient une agriculture sur brûlis, sur de petits lopins de terres défrichés temporairement, comme la plupart des peuples forestiers, sans labourer, sans engrais chimiques ni pesticides ; ils ne collectaient en forêt que ce qui était nécessaire à leurs besoins matériels et spirituels. Mais cela, c’est du passé, disent-ils. Ces dernières années, ils se sont mis à commercialiser le produit de leur chasse et de leurs cueillettes, avec des conséquences importantes sur l’équilibre de l’écosystème. Les gardes forestiers les accusent même de participer au braconnage d’espèces protégées, en vendant au plus offrant leurs service de guides dans la forêt. Les Jenu Kuruba contestent ce récit, repris par des chercheurs dans des études financées par le gouvernement, l’administration ou le département des forêts (46).

Le parc national de Nagarhole

En fait, ils sont à la fois victimes d’un système de domination et d’exploitation, hérité de la période coloniale, qui leur a fait perdre leur identité et leur mode de vie en symbiose avec la nature, et du discours accompagnant cette déculturation, qui fait d’eux des menaces pour la biodiversité, alors que ce système lui-même est responsable des dégâts irréversibles infligés à leur environnement. Un retour en arrière permet de voir une continuité historique dans le rapport entre système d’exploitation et méthodes de conservation, de la colonie britannique jusqu’à nos jours.

Depuis la deuxième moitié du XIXème siècle en effet, le système capitaliste d’exploitation des ressources naturelles s’accompagne de mesures de protection censées préserver ce qui reste de nature intacte. D’un côté, l’administration anglaise favorise l’installation d’immenses plantations de café sur des terres forestières, déboise des milliers d’hectares pour les consacrer à la monoculture du teck, qui sert de traverses pour la construction de voies ferrées (47). De l’autre, elle fait passer l’Indian Forest Act de 1865, suivi par le Forest Act de 1878, qui instaure un contrôle colonial sur la forêt indienne, mais ne vise en fait qu’à protéger une ressource forestière en vue de son exploitation (48). Dès le début, ces législations pénalisent le mode de vie des habitants de la forêt. L’agriculture itinérante sur brûlis, la coupe de bois, l’élevage de bétail ne sont plus autorisés dans les espaces protégés. Les Jenu Kurubas et les Yeravas n’ont plus qu’à aller travailler comme main d’œuvre semi-esclave dans les plantations de café, ou les exploitations forestières (49). L’économie impériale capitaliste fait ainsi d’une pierre deux coups. En privant les Adivasis de la forêt de leurs moyens de subsistance, elle les dirige automatiquement vers le système d’exploitation qui les broie.

Après l’Indépendance, ce binôme exploitation-conservation a perduré. Les multiples agrandissements de la réserve naturelle ont continué à pousser les Adivasis expulsés vers les plantations de café. L’exploitation de teck a été reprise par le Département des forêts qui continue d’utiliser les populations déplacées comme de la main d’œuvre bon marché, et prélève d’importants bénéfices sur une ressource forestière dont il contribue à réduire la biodiversité. Un visiteur qui se rend dans le parc aujourd’hui voit tout de suite qu’une bonne partie, consacrée à la monoculture du bois de construction, peut difficilement être considérée comme une forêt (50). Des habitants du village de Maladahaadi, à l’intérieur de la réserve, interrogeaient à juste titre la chercheuse Ananda Siddhartha en 2013 : « le département des forêts peut abattre et vendre autant d’arbres qu’il veut et nous, nous n’avons pas le droit de cueillir des tubercules ? » (51)  A cette destruction de la jungle originelle et de ses habitants, et à son remplacement par une futaie monotone, est venu s’ajouter dans les années soixante-dix la construction des barrages de Kabini, Taraka et Nugu, qui ont submergé de larges étendues sylvestres, et jeté à nouveau des milliers de sinistrés sur les routes, « avec larmes et bagages ».

Aujourd’hui, l’interdiction faite aux habitants de Nagarhole de vivre de produits forestiers et de cultiver continue d’alimenter le flux de travailleurs captifs et l’on voit mal comment les élites qui profitent de ce système pourraient s’en priver. Ces restrictions aux usages de la forêt qui poussent les Adivasis à partir, répondent aux objectifs d’une conservation forteresse, promue par le gouvernement indien et ses soutiens des pays riches. Certes, certains projets de réinstallation ont été bien menés, comme celui financé par le Wildlife Conservation Society, qui présente sur le site de son antenne indienne le parcours éblouissant de cette femme qui vivait dans une « hutte au milieu des bois », devenue une « super fermière ». Elle gagne aujourd’hui plus de 4000E par an sur son exploitation maraichère et ne regrette rien de sa vie d’avant (52). Elle possède 1 hectare de terrain, une belle maison ; elle a mis ses enfants à l’école, bénéficie des services de santé, et elle n’a plus peur des animaux sauvages, souligne WCS India. Cette success story ne doit pas faire oublier que beaucoup d’autres déplacés sont moins bien lotis, et que ces réinstallations ne sont « volontaires » que sur le papier. D’autres projets de déplacements, financés par WCS, sont toujours à l’ordre du jour à Nagarhole, rappelle Survival International.

Le site de réinstallation de Byadagotta © Greeshma Kuthar, Firstpost

Son ancien directeur, Ullas Karanth a beau jeu d’opposer les besoins de développement d’une nation entière et le maintien des populations dans les réserves naturelles. « Je ne pense pas qu’il existe une seule famille en Inde qui ne veuille pas d’électricité, de l’eau potable, une maison décente, et un bus pour emmener les enfants à l’école », dit-il dans une interview à la revue Sierra Club (53). Comment dès lors apporter tout cela à 1,2 milliards de personnes, tout en maintenant les derniers fragments de nature intacte ? « En amenant les gens là où ces services existent déjà plutôt que d’apporter ces services dans des régions éloignées de forêt  et de détruire les derniers espaces naturels du pays», expliquent-il.  L’expulsion des habitants originels de la forêt est ainsi présentée comme une opération humanitaire qui va enfin leur permettre d’accéder aux bienfaits de la modernité. Mais dernière la carte postale, la réalité est tout autre. Pour de nombreux réfugiés verts, les sirènes du développement se sont transformées en cauchemar, et le monde moderne revêt des aspects plutôt sordides.  

 (Prochain article : Les fantômes du développement)

Notes

  1. In India, dispossession in the name of conservation, Blog de Eleonora Fanari,  30 novembre 2017
  2. idem
  3. Entretien avec Eleonora Fanari, chercheuse à l’Institut de Science et Technologie Environnementales, Université Autonome de Barcelone, 19 février 2021
  4. Living in on the edge : the predicament of a rural Santal community in Bangladesh, Mrinal Kanti Debnath, thèse de doctorat de sociologie, Université de Toronto, 2010
  5. Entretien avec Eleonora Fanari, 19 février 2021
  6. Idem
  7. In India, dispossession in the name of conservation, Blog de Eleonora Fanari,  30 novembre 2017
  8. Entretien avec Eleonora Fanari, 19 février 2021
  9. idem
  10. Faye D’Souza : Simlipal forest fire, a cause for concern, 4 mars 2021, https://www.youtube.com/watch?v=2N_Q2snWCks
  11. Kabra A. Conservation-induced displacement: A comparative study of two Indian protected areas. Conservat Soc 2009;7:249-67
  12. Le monde jusqu’à hier, Jared Diamond, Gallimard, 2013,  pp. 620-627
  13. Homo Domesticus, James Scott, La Découverte, 2019, p.99, p.121
  14. Proceedings of the national academy of sciences of the United states of America, Stress and telomere shortening among central Indian conservation refugees, 3 mars 2015, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4352804/
  15. The Lockdown Revealed the Extent of Poverty and Misery Faced by Migrant Workers, The Wire, 16 juillet 2021
  16.  https://www.youtube.com/watch?v=aCAIXQDC91E
  17. Displaced for nothing, DownToEarth, 15 aout 2012
  18. Kuno is ready to become India’s second lion sanctuary, 29 years after it was identified, Quartz India, 28 novembre 2019
  19. Mark Dowie, Conservation refugees, Massachussetts institute of technology, 2009, p.119
  20. Ashish Kothari, Displacement and relocation of protected areas, in Economic and Polical Weekly, décembre 2009
  21. Mark Dowie, Eviction Slip, Guernica Magazine, 14 avril 2008
  22. Mathur, H M (2008): “Introduction and Overview” in H M Mathur (ed.), India Social Development Report 2008: Development and Displacement (Delhi: Council for Social Development, Oxford University Press).
  23. Estimation de John Goodrich, directeur du programme Tigre chez Panthera
  24. voir Jean-Baptiste Fressoz / Christophe Bonneuil, L’événement Anthropocène (2013), Andreas Malm, L’Anthropocène contre l’histoire (2017), Armel Campagne, Le Capitalocène (2017)
  25. Peter Jackson et Adrienne Farrell Jackson (trad. Danièle Devitre, préf. Dr Claude Martin, ill. Robert Dallet et Johan de Crem), Les Félins : Toutes les espèces du monde, Turin, Delachaux et Niestlé, coll. « La bibliothèque du naturaliste », 15 octobre 1996
  26. Endossons l’ombre striée des feuillages, Dénètem Tuam Bona, Terrestres, 13 janvier 2021
  27. Mark Dowie, Conservation refugees, Massachussetts institute of technology, 2009, p.128
  28. Saurab Babu, 7 novembre 2020, National Forest Policy, 1988 : An overview of how Indian forestry became conservation-centric, in eco-intelligent.com
  29. Mark Dowie, Conservation refugees, Massachussetts institute of technology, 2009, p.124
  30. https://vikaspedia.in/energy/environment/biodiversity-1/fauna-of-india/tiger-reserves-in-india
  31. DownToEarth, 14 avril 2017, Community forest rights in critical tiger habitats under threat / In India, dispossession in the name of conservation, Blog de Eleonora Fanari,  30 novembre 2017
  32. Chhattisgarh’s Sitanadi Udanti tiger reserve: Tribals seek forest rights, officials cite core area rule, The Indian Express, 25 février 2021
  33. Daily News and Analysis, 23 décembre 2007, Conflict will go up by 10 000 per cent
  34. Can Tribes and Tigers Coexist in India’s Nature Reserves? Sierra, 15 juin 2017
  35. Entretien avec Eleonora Fanari, 19 février 2021
  36. Source Association Awely, des Tigres et des Hommes
  37. Le Figaro, E. Derville, 14 février 2014, Un tigre mangeur d’hommes terrorise la population de l’Inde
  38. Entretien avec Aliénor Scrizzi, directrice de programme à l’ONG Awely, 17 février 2021
  39. Forest governance and the Forest Rights Act in Nagarhole, South India, Ananda      Siddhartha, Université Internationale Terre Citoyenne, 2013
  40. Mark Dowie, Eviction slip, Guernica magazine, 14 avril 2008
  41. Forest governance and the Forest Rights Act in Nagarhole, South India, Ananda      Siddhartha, Université Internationale Terre Citoyenne, 2013
  42. Tribes people Struggle to Get Their Forest Rights Recognized in Nagarhole National Park, Land Conflict Watch, Eleonora Fanari, 7 novembre 2019
  43. Adivasis and the Indian State: Coffee plantations and reserved forests in Karnataka have stripped Jenu Kurubas of land, forest rights, Firstpost, 11 septembre 2019
  44. Entretien avec Eleonora Fanari, 19 février 2021
  45. Idem
  46. Adivasis and the Indian State: Coffee plantations and reserved forests in Karnataka have stripped Jenu Kurubas of land, forest rights, Firstpost, 11 septembre 2019
  47. Forest governance and the Forest Rights Act in Nagarhole, South India, Ananda      Siddhartha, Université Internationale Terre Citoyenne, 2013
  48. Forestry in Brtish and Post-British India : A historical analysis, Ramachandra Guha, Economic and polical weekly, N°45/46, 5-12 novembre 1983
  49. Adivasis and the Indian State: Coffee plantations and reserved forests in Karnataka have stripped Jenu Kurubas of land, forest rights, Firstpost, 11 septembre 2019
  50. Forest governance and the Forest Rights Act in Nagarhole, South India, Ananda      Siddhartha, Université Internationale Terre Citoyenne, 2013
  51. Idem
  52. .https://programs.wcs.org/india-beta/Newsroom/Blog/ID/12581/Trail-blazing-journey-from-a-forest-dweller-to-a-super-farmer
  53. Can Tribes and Tigers Coexist in India’s Nature Reserves? Sierra, 15 juin 2017

Une réflexion sur “Comment l’écologie des riches détruit les peuples autochtones

  1. Salut François, ton article soulève (longuement) des questions fondamentales sur les méthodes engagées par les « conservateurs » (style WWF) pour « préserver » ou « regénérer » la faune et la flore au détriment des peuples autochtones et tribaux de l’Inde (Adivasi) qui le plus souvent, en effet, ont toujours cohabiter avec ces espèces déclarées aujourd’hui en danger d’extinction. Parler d’économie « écocidaire » paraît aussi plus juste que de stigmatiser les peuples de ces forêts et savanes. Les exemples de ces méthodes autoritaires d’évacuation des tribus, avec interdiction de collecter des ressources primaires, pour établir des réserves et parcs placés sous haute protection, et dont l’entrée est devenue payante et encadrée, sont hélas légions dans le monde actuel. Des endroits pour privilégiés (locaux et occidentaux) que j’ai personnellement rencontrés en Inde mais aussi, entre autres, au Sri-Lanka (Vedda expulsés), en Malaisie (Orang Asli du Taman Negara), en Thaïlande (Mlabri), aux Mentawai, etc. La conservation des espèces et la création d’aires de protection sont devenues d’insupportables bizness pour un tas d’associations « écologiques », d’entreprises privées et étatiques. Merci et bon courage pour la suite de ces reportages. Qu’il serait bon de faire éditer!

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